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Cours destinés aux enfants à partir de 4 ans, le Jeudi soir
Séances de 1/2h par trimestre

Gloria Orrigi et Robert Kaddouch en duo

Cet atelier a été conçu avec Gloria Origgi (chercheuse en philosophie au CNRS et à l’ENS) pour permettre aux jeunes enfants d’apprendre à parler, à dialoguer et à raisonner ensemble.
La musique improvisée au piano à chaque étape de la séance soutient la parole comme un chant pour mettre les enfants en bonne disposition de penser par eux mêmes et poser -et se poser- les bonnes questions. Les premiers thèmes abordés pourront être: l’amitié, la peur, la colère, la joie
Cette approche est basée sur une nouvelle vision de l’enfant, de ses capacités cognitives et des rapports entre son développement émotionnel et la confiance dans ce qu’il pense. Elle s’inspire de la philosophie cognitive contemporaine et rentre dans le cadre des ateliers Kaddouch &Music «Musique & Intelligence», «Maths-Musique», «Musique, Intelligence et Mouvement», «Kaddouch Language School».

Deuxième atelier Musique et Philosophie: la connaissance

Comment le sais-tu ?

L’histoire de la pensée nous renvoie l’image de l’enfant comme un être passif, une créature dépourvue de toute capacité d’acquisition autonome de connaissance, un être dépendant du savoir des autres et obligé à une posture de confiance fondamentale. Cependant, 30 ans de sciences cognitives et de philosophie de la cognition ont montré que les enfants ne sont pas des êtres naïfs et crédules. Les enfants ont des stratégies cognitives pour arriver à comprendre le monde, à acquérir des connaissances et à filtrer l’information. L’atelier vise à expliciter ces stratégies, en rendant les enfants plus « conscients » de leurs démarches de connaissance.

Les enfants rentrent dans la pièce sur une musique agréable et connue. Platon, la marionnette, est en train de regarder dans un sac. Le contenu du sac n’est pas visible aux enfants. Il lève la tête et me dit dans l’oreille que dans le sac il y a des bonbons. Gloria le dit aux enfants et leur demande s’ils croient ce que Platon dit. Certains disent « Oui », d’autres disent « Non », certains essayent de toucher le sac pour comprendre s’il y a des bonbons. Platon remet sa tête dans le sac et il sort….un serpent ! Les enfants sont surpris, la musique s’arrête et reprend sur un ton d’étonnement.

Voilà la question pour aujourd’hui. Pourquoi croyons-nous ce que les autres nous disent ? Les enfants qui avaient cru Platon répondent que c’est car la marionnette a l’air gentil. Certains commencent à s’interroger : eh, oui, pourquoi croyons-les autres ? « Je crois ma maman et mon papa ! » s’exclame une fille ; « Moi, je crois ce que je lis dans les livres », dit un autre. « Dans tous les livres ? Même dans les livres d’histoires de pirates et de dragons ? » Une discussion commence sur les livres auxquels on peut faire confiance pour apprendre des choses….

Le doute sur la croyance est instauré ! Alors Gloria pose des questions pour provoquer les enfants :

Comment tu sais que t’as un cœur ?
Comment tu sais que tu as des pieds ?
Comment tu sais que Paris est la capitale de la France ?
Comment tu sais que les poissons ont besoin d’eau pour vivre ?
Comment tu sais que les plantes sont vivantes ?
Comment tu sais que les dinosaures ont existé ?
Comment tu sais que les dragons n’existent pas ?
Comment tu sais que tu aimes quelqu’un ?

Réponses diverses : « Je sais que j’ai un cœur parce que je l’ai vu dans un livre ! », « Parce que je l’entends battre… », « Parce que ma maman me l’a dit… » ; « Je sais que les poissons ont besoin d’eau car si je lui enlève l’eau ils ne peuvent plus respirer » dit quelqu’un. « Mais as-tu essayé ? », répond Gloria. « Non, mais on me l’a dit ».

Gloria essaye d’expliquer à travers leur réponses qu’il y a plusieurs sources de croyance, certaines plus sûres, comme nos sens (je vois, par exemple, mes pieds), certaines plus indirectes, comme faire des expériences, entendre un bruit qui nous indique la présence de quelque chose, lire dans un livre, croire une autre personne…

Qu’est ce qu’on fait lorsqu’on veut savoir quelque chose ? Tout d’abord, on commence à se poser des questions, à instaurer un doute. Robert commente en musique une « attitude douteuse ». Platon se gratte la tête et regarde autour de lui.

On peut faire le détective, et commencer une enquête : par exemple, si je veux savoir si les poissons peuvent vivre sans eau, je peux faire l’expérience. Une musique d’enquête est jouée au piano. Ou bien, je peux demander aux autres : « Dis le moi ! Je vais absolument savoir ». Robert joue une musique plus forte, comme pour provoquer une réponse. On fait écouter aux enfants les trois différentes mélodies, et Platon mime les trois attitudes cognitives. Les enfants les reconnaissent et en parlent.

Gloria fait le point. Quelques distinctions :

Quand on ne sait pas
Quand on n’est pas sur
Quand on cherche à savoir
Quand on n’est pas d’accord
Quand on fait confiance aux autres

Platon regarde encore dans le sachet. On lui demande s’il y a des bonbons. Il dit « OUI ». Gloria demande à nouveau : « Vous le croyez ?? » Les enfants sont sceptiques cette fois-ci. Eh bien, mais cette fois, il y a des bonbons !

 

 

Compte rendu: Ateliers Musique et Philosophie, novembre 2012: les émotions

On n’apprend pas facilement à parler de ce qui est vraiment important dans la vie, ni à l’expliquer aux enfants : les émotions, les dilemmes, les choix.

Parfois, les contes nous livrent une morale qui devrait faire réfléchir les enfants, mais très souvent le « message » caché dans ces histoires est cryptique, et ce n’est qu’à travers l’expérience de la vie que nous en saisirons le sens complet.

La philosophie pour les enfants est un exercice d’accès à la réflexion sur les « grands thèmes » – le bien, le mal, la peur, la souffrance, l’amour, la justice – qui ne passe pas par la narration, mais par l’apprentissage à l’expression consciente de ce qu’on ressent, à la pensée critique et à la réflexion en groupe. Chaque émotion, chaque pensée, chaque idée, une fois exprimée, rentre dans un espace collectif de « négociation ».

En cela, la philosophie est l’art de la négociation intellectuelle : apprendre à exprimer ce qu’on pense et ce qu’on ressent, et à accepter ce que les autres pensent et ressentent.

Histoire du premier atelier Musique et Philosophie à l’école Kaddouch :

1. Les enfants rentrent dans la salle sur les notes d’une musique d’accueil. étape Musique « on se sent bien, çà sent bon »

Gloria et son assistant, la marionnette-chien Platon, les accueillent en leur demandant de s’asseoir en cercle. Gloria demande : « Savez-vous qu’est-ce que la philosophie ? » Les enfants répondent : « Noon ! ». « Eh, bien – dit Gloria -la philosophie s’est de parler de ce qu’on a dans la tête ! »

2. étape Musique « place du marché », des idées dans tous les sens, des éclats de voix … les improvisations de Robert marquent les émergences d’idées.

Et maintenant encore une question : « Qu’est-ce qu’on a dans la tête ? ». Les enfants répondent en levant leur bras : « Des idées, des rêves, des voitures, des souvenirs, des choses qui font peur, des choses qui font rire… ». Robert accompagne les différentes réponses avec la musique. La musique s’accélère, c’est comme un grand marché où tout le monde « offre » quelque chose.

3. étape Musique « ski nautique » équilibration des flux de pensée, classement des idées, improvisations sur les commentaires.

Faisons de l’ordre maintenant. La musique se calme. « Est-ce tout ce qu’on a dans la tête existe ? » Discussion. Gloria et Platon gèrent les tours de parole. Il y a des divergences. Gloria les souligne : « M. pense que ce dont on rêve existe vraiment quelque part, tandis que C. pense que non ».

Les enfants se trouvent d’accord à dire que dans la tête il y a des émotions différentes, comme la joie, la peur, l’amitié. Sait-on décrire ces différences ? Robert improvise des musiques et les enfants essayent de « deviner » quelle est l’émotion exprimée par la musique. Divergences. Négociation.

4. étape « Musique des émotions » nerveux, inquiet, effrayé, terrifié, craintif.
Nous décidons de réfléchir de plus près sur la peur.

La marionnette Platon aide à sortir des objets d’un sac : un serpent, un crocodile, un loup. Les enfants disent ce qui leur fait peur et ce qui ne leur fait pas peur. T. dit qu’elle n’a peur de rien. Mais qu’est-ce qu’avoir peur ? Il y a différentes façons d’avoir peur. Les enfants choisissent un billet dans une enveloppe : il y a des mots sur les billets : « inquiet », « craintif », « terrifié », « nerveux », « effrayé », « épouvanté ». Pour chaque façon d’ « avoir peur » il y a un ton que Robert joue au piano. Les enfants parlent des différentes situations qui provoquent ces émotions diverses.

5. Chanson des bonbons

La discussion se poursuit avec une adaptation progressive aux tours de parole, aux idées des autres. C’est la musique qui nous rappelle qu’il faut se quitter… sur les notes d’une musique bien connue, La chanson des bonbons, les enfants saluent Gloria, Robert et Platon et sortent de la pièce.